Le territoire du Parc national compte plus de 2000 zones humides cartographiées dont 2/3 sont des prairies humides ou des tourbières. Elles sont essentielles au bon fonctionnement des écosystèmes.
Dans cet article, nous vous proposons de revenir sur les liens qui unissent ces espaces essentiels au bon fonctionnement des écosystèmes et l'agro-pastoralisme. En effet, si certaines pratiques peuvent avoir un impact non négligeable sur leur préservation, la cohabitation est tout à fait possible si certaines précautions sont prises.
Qu’est ce qu’une zone humide ?
C’est un milieu naturel caractérisé par la présence d’eau en surface ou à faible profondeur dans le sol de manière permanente ou temporaire. La zone humide est donc intermédiaire entre les milieux aquatiques et les milieux terrestres.
Les zones humides de Lozère
On trouve sur le territoire du Parc national des Cévennes une diversité exceptionnelle de zones humides qui peuvent avoir un intérêt pastoral : tourbières hautes, tourbières tremblantes (ou de transition), tourbières basses (ou bas marais) et prairies ou boisement humides.
Les tourbières se distinguent des autres zones humides par la présence de tourbe. Elles sont constamment gorgées d’eau.
En quoi les tourbières sont-elles exceptionnelles ?
- Elles abritent de nombreuses espèces animales et végétales rares, souvent strictement liées à ces milieux.
- Elles sont des témoins de l’histoire.
Ici, certaines tourbières ont plus de 15 000 ans ! Dans la tourbe on trouve des résidus non décomposés (végétaux, charbons de bois, pollens, cuticules d’insectes) qui apportent de précieuses informations sur les conditions passées : l’évolution du climat, de la végétation environnante…. - Elles jouent un rôle important de régulateur hydrologique. Ce sont des retenues naturelles, capables de stocker de très grandes quantités d’eau ! On estime qu’1m² de sphaignes sur 20 cm d’épaisseur peut retenir 70 l d’eau. De ce fait, elles atténuent les inondations ou les crues violentes. En été, elles restituent une partie de l’eau stockée, permettant de limiter les impacts de la sécheresse sur le réseau hydrographique en aval.
- Elles épurent et filtrent l’eau, contribuant à la préservation de sa qualité.
- Ce sont des puits de carbone, dont l'altération contribue à accentuer le changement climatique.
Le sud de la France correspond à la limite méridionale de la répartition des tourbières en Europe. Face au changement climatique, nous avons tous une responsabilité et un rôle à jouer pour les préserver !
Des zones humides qui peuvent être fragilisées :
... par le changement climatique
Les conditions météorologiques prévues pour les décennies à venir seront défavorables au maintien des zones humides, en particulier les tourbières.
Les sécheresses peuvent engendrer le développement de graminées et de litière, la raréfaction des sphaignes, et une moindre imprégnation en eau de la tourbe.
Les tourbières sont ainsi fragilisées, et beaucoup plus sensibles au brûlage pastoral ou à des chargements d’animaux trop importants.
Prévision de l’évolution du bilan hydrique en 2050
Exemple du Pont de Montvert - 875 m d’altitude
- Au printemps : dégradation du bilan hydrique par baisse des précipitations et augmentation de l’évapotranspiration, qui devrait entrainer un déficit de 90 mm environ sur la saison.
- En été : les précipitations devraient se maintenir et l’évaporation du sol augmenter, entraînant des périodes plus sèches.
- Maintien global des précipitations sur l’année mais avec une répartition différente : augmentation en automne sous forme d’épisodes cévenoles et baisse principalement au printemps.
Source : plaquette AP3C SIDAM - Chambre Agriculture Lozère
… par certaines pratiques agro-pastorales
Quelques pistes pour conserver les zones humides en bon état
Mise en défens sur une estive ovine © Jérôme Molto - PNC Maintenir une charge pastorale adaptée, avec une vigilance particulière en périodes sèches quand le troupeau a tendance à stagner sur les zones humides.
- Installer les abreuvoirs, les pierres à sel et les nourrisseurs en zone sèche.
- Aménager la parcelle pour limiter la traversée de la zone humide par le troupeau : positionnement des entrées de parcelles, des parcs de nuit, des points d’abreuvement, de la clôture, accès aux zones ombragées, etc.
- Ne pas apporter de fertilisation ni d’amendement (chaux) dans les zones humides ou à proximité. Laisser au moins une bande tampon de 5 m entre la zone humide et la prairie fertilisée.
- Maîtriser la pratique de l’écobuage pour ne pas brûler les zones humides : pare-feu, brûlage par tâches, écobuage tournant, etc.
- Prendre en compte l’importance des zones humides pour la production fourragère et l’approvisionnement en eau.
- Mettre en défends les tourbières les plus sensibles.